Parlement vote une loi historique pour la restauration de la nature
L'assemblée législative européenne a exprimé son accord pour l'adoption de la législation concernant la réhabilitation de la nature, le mercredi 12 juillet 2023. Cette réglementation aura pour mission de stopper le déclin de la biodiversité. C'est une initiative inédite.
Le Parlement européen vote la loi sur la restauration de la nature
Le mercredi 12 juillet 2023, le Parlement européen a franchi une étape historique en votant en faveur de la loi sur la restauration de la nature, dans l’espoir d’endiguer l’effondrement de la biodiversité. C’est une première sans précédent.
La veille du vote, le mardi 11 juillet 2023, le commissaire européen de l’environnement, Virginijus Sinkevičius, avait mis en garde : « Le monde nous regarde ». Il a ajouté que si cette loi n’était pas adoptée, ce serait comme jeter « notre meilleure chance d’arriver à la neutralité climatique » à la poubelle. Visiblement, son message a été entendu.
Le vote a été serré, avec seulement une trentaine de voix d’écart : 336 pour et 300 contre. Les eurodéputés conservateurs avaient tenté de bloquer cette loi, proposée un an auparavant par la Commission européenne, créant une vague de panique et une mobilisation massive parmi les progressistes. Néanmoins, leurs efforts pour rejeter la loi ont échoué.
Une situation environnementale critique
Le 11 juillet, la veille du vote, Greta Thunberg, des eurodéputés et une centaine d’activistes ont rappelé l’urgence de la situation devant le Parlement européen de Strasbourg. Selon la Commission européenne, 80 % des habitats naturels d’Europe et 70 % des sols sont en mauvais état de conservation, et les populations de pollinisateurs, comme les abeilles, sont en déclin. La loi sur la restauration de la nature vise à inverser cette tendance alarmante.
Le contenu de la loi
La loi adoptée par le Parlement européen est conçue pour « enrayer l’effondrement du vivant », comme l’a rappelé Pascal Canfin, président de la Commission environnement et eurodéputé de la majorité présidentielle au sein du groupe Renew, sur Instagram. Le texte, proposé en juin 2022 par la Commission européenne, oblige les États membres à restaurer les écosystèmes sur 20 % des terres et espaces marins de l’UE d’ici 2030. Ces zones ont été endommagées par la pollution ou l’exploitation intensive. Les zones dégradées restantes devront être restaurées d’ici 2050.
Pour atteindre cet objectif, les agriculteurs devront consacrer au moins 10 % de leurs terres agricoles à des zones « à haute diversité », où ils seront amenés à installer ou réinstaller des haies, des mares, des jachères et des tourbières, des terrains très favorables au retour de la biodiversité.
Quid de l’agriculture et de la nourriture ?
Malgré un lobbying intense, les opposants à cette loi n’ont pas réussi à faire entendre leurs voix. Les eurodéputés du Parti populaire européen, de l’extrême droite (Identité nationale) et des eurosceptiques (Conservateurs et réformistes européens) estiment que la loi met en péril la souveraineté alimentaire européenne. Leur argument : “pas de nature, pas de nourriture”.
Cependant, cette position est contestée par d’autres, comme l’eurodéputée française Anne Sander (PPE), qui a déclaré la veille du vote que « restaurer la nature ne doit pas signer l’arrêt de mort de toute production économique, industrielle, forestière et agricole en Europe ». Cette vision est partagée par la FNSEA, le premier syndicat agricole français.
Une atmosphère politique tendue à l’approche des élections européennes
À moins d’un an des élections européennes, le positionnement du PPE, le plus grand groupe politique du Parlement européen, est perçu comme un rapprochement avec l’extrême droite. Pascal Canfin a résumé la situation dans une vidéo, déclarant : “Aujourd’hui, il y a une partie de la droite, menée par le leader du Parti populaire européen, Manfred Weber, qui fait le pari que, demain, l’Europe pourrait être dirigée par une coalition allant de l’extrême-droite au centre droit.”
Le vote définitif sur cette loi, après l’examen d’une centaine d’amendements, devrait avoir lieu début 2024.
