« Doit-on laisser les bénéficiaires de l’AME périr ? » : Les médecins s’insurgent contre sa suppression.
Selon une majorité de médecins, l'élimination de l'Aide Médicale d'État, qui vise à assister les étrangers en situation irrégulière, représenterait un risque à la fois sanitaire et économique, tout en étant une atteinte à notre humanité.
Tl;dr
Suppression de l’Aide Médicale d’État : un danger sanitaire et économique
Le 7 novembre 2023, le Sénat a voté une disposition visant à remplacer l’Aide Médicale d’État (AME) par l’Aide Médicale d’Urgence (AMU). L’AME, mise en place en 2000, permet aux étrangers en situation irrégulière d’accéder à des soins médicaux. L’AMU, en revanche, se concentrerait uniquement sur les « soins urgents dont l’absence mettrait en jeu le pronostic vital ou pourrait conduire à une altération grave et durable de l’état de santé de la personne ou d’un enfant à naître ». Cette décision a suscité une vive opposition de la part des médecins français.
Les médecins prennent position
« On est médecins, donc on soigne, point », affirme Jean-Christophe Nogrette, secrétaire général adjoint du syndicat MG France. Franck Devulder, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), ajoute : « Notre rôle de médecin c’est de soigner les gens qui ont besoin de nous. Quelle que soit leur condition sociale ou leur situation. » Les médecins redoutent que la restriction de l’accès aux soins entraîne une aggravation des maladies, une augmentation des dépenses de santé et un engorgement des services d’urgence.
Un coût économique et humain
En plus des implications humanitaires, la suppression de l’AME soulève des questions économiques. Selon Nogrette, supprimer l’AME coûterait « facilement trois fois plus cher ». Nicolas Revel, directeur général de l’AP-HP, rappelle que « attendre que quelqu’un soit très malade pour le soigner et le prendre en charge, c’est tout le contraire de ce que veut faire un système de santé ».
Quelle suite pour le débat ?
Le débat sur la suppression de l’AME se poursuivra à l’Assemblée nationale à partir du 11 décembre 2023. Les médecins, dont Christophe Prudhomme, représentant de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), ont prévenu qu’ils désobéiraient à cette décision si elle était maintenue.
