Pourquoi le gouvernement reste-t-il silencieux face à la colère et aux actions des agriculteurs ?
La mobilisation des agriculteurs a été marquée par de nombreux actes de violence, sans intervention notable de l'État. Les écologistes y voient une inéquité flagrante. Est-ce vraiment un cas de deux poids, deux mesures?
TL;DR
- Les agriculteurs en colère intensifient leurs actions violentes.
- Le gouvernement ne condamne pas, suscitant des critiques.
- Des accusations de deux poids deux mesures sont lancées par les écologistes.
Agitation agricole : une montée en puissance
La colère des agriculteurs français atteint un niveau inédit avec des actions de plus en plus violentes. Ils ont notamment incendié des pneus devant la préfecture d’Agen, ce mercredi 24 janvier 2024, sous le regard impassible des CRS. Un immeuble de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) à Carcassonne a également été la cible d’une explosion, laissant apparaître un tag du Comité d’action viticole (CAV).
Un gouvernement sous le feu des critiques
Malgré ces débordements, le gouvernement reste silencieux. La porte-parole du gouvernement, Prisca Thevenot, a même affirmé que les blocages étaient « organisés dans un cadre légal », en dépit du délit d’entrave à la circulation. Des consignes de « grande modération » ont été données aux préfets par Gérald Darmanin.
Un deux poids deux mesures dénoncé par les écologistes
Cette attitude du gouvernement a suscité l’indignation de nombreux écologistes. Le sénateur EELV Yannick Jadot s’est offusqué, déclarant que si les écologistes avaient commis une infraction similaire, ils auraient été emprisonnés et condamnés. « Il y a toujours eu une forme de mansuétude de la part des puissances politiques à l’égard des agriculteurs. » a déclaré Jean-Daniel Levy, Directeur délégué d’Harris Interactive.
Le blocage de l’autoroute A13 dans l’Eure par une vingtaine de tracteurs a également été au cœur des débats. Nicolas Hervieu, professeur de droit public, a relevé une différence de traitement entre les actions des agriculteurs et celles des écologistes. Selon lui, le blocage de la même autoroute huit mois auparavant par les écologistes avait suscité une réaction très différente, avec notamment l’intervention des forces de l’ordre.
La situation vue par l’Intérieur
Un haut cadre du ministère de l’Intérieur a toutefois rappelé que les manifestations des agriculteurs étaient généralement « organisées, préparées, encadrées », avec des interlocuteurs souvent en lien avec des policiers ou gendarmes locaux. D’autre part, il a souligné que face à 50 tracteurs, les forces de l’ordre ne pouvaient que sécuriser la manifestation et mettre en place une déviation.
Les agriculteurs, selon une source policière, n’ont pour l’instant pas commis de fautes dans leurs actions. « Ce sont des opérations de visibilisation, de com’, avec des péages gratuits, neutralisations des radars automatiques, les blocages se font dans de bonnes conditions. » a-t-elle déclaré à l’AFP.
