Cette étude relie le vieillissement accéléré aux cancers précoces

Grand laboratoire de recherche en sante
Image d'illustration. Une étude lie âge biologique et cancers précoces. — ADN

Une étude parue dans Nature Medicine avance une piste pour la hausse des cancers avant 55 ans : des générations récentes vieilliraient plus vite, biologiquement.

  • Des générations récentes paraissent biologiquement plus âgées
  • Le signal apparaît au Royaume-Uni et aux États-Unis
  • Le risque de cancer précoce augmente avec l’age gap

La hausse des cancers précoces intrigue depuis plusieurs années. Une étude publiée dans Nature Medicine avance une piste nette : à âge égal, des générations plus récentes semblent déjà plus âgées sur le plan biologique que leurs aînés.

Pourquoi cette piste intéresse les chercheurs

Le lien entre cancer et vieillissement est connu. Avec le temps, l’organisme accumule des dommages de l’ADN, liés notamment à l’alimentation, à l’air respiré, au soleil ou à certaines habitudes. Plus ces dégâts s’additionnent, plus le risque que des cellules se dérèglent augmente.

Mais les dossiers médicaux montrent depuis une dizaine d’années autre chose : certains cancers progressent chez des adultes plus jeunes, notamment au poumon, dans l’utérus et dans l’appareil digestif. Une étude de 2025 citée par les auteurs montrait déjà que les Millennials étaient la première génération plus exposée à certains cancers que celle de leurs parents.

Deux grandes cohortes, un même signal

L’équipe menée par Yin Cao, de la Washington University School of Medicine in St. Louis, n’a pas cherché un seul facteur. Elle a mesuré le vieillissement biologique à partir de données sanguines.

Les chercheurs ont analysé 154 169 adultes de la cohorte britannique UK Biobank, nés entre le début des années 1950 et le début des années 1970. Ils ont aussi utilisé les données de 10 262 adultes du programme américain All of Us, nés dans les années 1960 ou 1990.

Leur outil principal, appelé PhenoAge, combine l’âge réel avec neuf biomarqueurs sanguins, dont la CRP liée à l’inflammation, le glucose, la créatinine, l’albumine et les globules blancs. À partir de là, l’équipe a calculé un score d’« age gap », qui mesure l’écart entre l’âge chronologique et l’âge biologique apparent.

Des écarts marqués entre générations

Le résultat est assez clair. Au Royaume-Uni, les personnes nées entre 1965 et 1974 présentent un score standardisé 23 % plus élevé que celles nées entre 1950 et 1954.

Aux États-Unis, l’écart est encore plus fort : la cohorte née entre 1990 et 1999 affiche un score 92 % plus élevé que celle née entre 1965 et 1969. En gros, les générations récentes paraissent un peu plus âgées biologiquement que les générations précédentes au même âge.

Les cancers les plus concernés

Dans une partie des données, les auteurs ont ensuite relié ce score au risque de cancer avant 55 ans. Plus l’age gap est élevé, plus le risque grimpe, surtout pour les cancers solides du poumon, du système digestif et de l’utérus.

Chaque hausse d’un écart-type du score correspond à un risque accru de 8 %. Pour le cancer du poumon, l’association atteint 57 %. Et elle reste visible après prise en compte du tabac, de l’obésité, de la longueur des télomères et de la prédisposition génétique. L’analyse protéomique suggère aussi un lien plus fort entre vieillissement immunitaire et cancer du poumon précoce, tandis que le vieillissement du tissu adipeux est davantage associé au cancer colorectal.

Ce que cela peut changer pour la prévention

Pour Yin Cao, « si nous pouvons identifier les jeunes ayant le risque de cancer le plus élevé alors qu’ils sont encore en bonne santé, nous pouvons concentrer la prévention et le dépistage précoce sur ceux qui en bénéficieront le plus ». Elle ajoute que l’objectif est de comprendre comment les environnements modernes s’inscrivent dans le corps pour guider une prévention plus personnalisée.

Même prudence chez David Scott, directeur de Cancer Grand Challenges, soutenu par le US National Cancer Institute et Cancer Research UK. « Pour l’instant, nous n’avons pas de réponse définitive sur ce qui alimente la hausse des cancers précoces dans le monde », dit-il, tout en estimant que ce type de travaux aide à reconstituer le tableau d’ensemble.