Il n'est pas habituel d'expérimenter de hautes températures en septembre. Cependant, ce scénario pourrait se banaliser dans le futur.
En septembre, les vagues de chaleur intenses ne sont pas habituellement de mise. Cependant, cette tendance pourrait changer dans le futur.
L’été 2023 a été le plus chaud jamais enregistré sur la planète. Ce record a été établi alors que la France subit une vague de chaleur inédite pour un mois de septembre depuis plusieurs jours.
Le mercredi 6 septembre, les températures maximales pourraient atteindre 30 à 35 degrés dans la plupart des régions, et jusqu’à 36 degrés localement de la Charente au Poitou et au Centre. On pourrait même atteindre plus à l’ouest de la Bourgogne. Des températures de 38,8 °C à Montmorillon (Vienne), et de 37 °C à Poitiers ont été enregistrées, comme le rapporte Météo-France.
En parallèle, de nombreux départements ont été placés en vigilance jaune pour canicule. Cette situation estivale arrive alors que les enfants ont repris le chemin de l’école.
Est-ce normal d’observer une vague de chaleur aussi intense en septembre ?
Pour Guillaume Séchet, météorologue et fondateur de Météo-villes.com, ce phénomène est loin d’être normal.
« Auparavant, lorsque nous avions une vague de chaleur à cette période de l’année, elle faisait suite à un été frais. Nous n’avions pas de phénomènes de canicule qui se succédaient », remarque-t-il, auprès d’directs.fr.
En effet, la dernière canicule ne date pas de très longtemps. L’épisode qui a frappé durement le Sud-Est a eu lieu fin août.
Nous sommes vraiment dans une vague de chaleur que nous n’avons jamais connue à cette période de l’année. Tant pour son intensité que par sa persistance.
Guillaume SéchetMétéorologue
Pourtquoi observe-t-on des températures si élevées en septembre ?
En septembre, les jours sont plus courts qu’en été et le soleil est moins haut dans le ciel. Ces deux facteurs permettent normalement de limiter les températures.
L’autre élément qui permet de réduire les effets de la chaleur est le taux d’humidité relativement bas, rendant la chaleur plus supportable et moins étouffante. « Actuellement, nous avons un climat saharien en France », indique Guillaume Séchet.
Il ne faut pas non plus oublier les poussières du Sahara qui « assombrissent » le soleil, contribuant à diminuer son intensité.
Si nous avions cette situation au mois d’août ou fin juillet, nous aurions les températures d’août 2003.
Guillaume SéchetMétéorologue
Comment expliquer cette situation exceptionnelle ?
Cette semaine de chaleur, ainsi que les pluies torrentielles en Espagne et en Grèce, sont le résultat d’un phénomène météorologique appelé « blocage en oméga ».
Il tire son nom de sa forme, semblable à celle de la lettre grecque oméga (Ω).
Il existe deux dépressions froides en Europe : une sur la Grèce, l’autre sur le Portugal. La France, quant à elle, est coincée entre les deux, où un air chaud en provenance du Sahara s’est installé durablement. Par conséquent, la masse d’air chaud du Sahara reste immobilisée sur l’Hexagone et ne peut s’échapper.
Normalement, les fluides circulent d’est en ouest. Là, nous sommes dans une sorte de méandre. Cela a du mal à circuler.
Guillaume SéchetMétéorologue
En réalité, c’est un phénomène atmosphérique classique. « Cela peut arriver plusieurs fois par an », commente le fondateur de Météo-villes. Ce qui est exceptionnel ici, ce sont les conséquences qu’il a sur les êtres humains et l’environnement.
Quand cette vague de chaleur va-t-elle prendre fin ?
La situation va progressivement se résorber. « Sur la planète, les fluides continuent de circuler donc, à un moment donné, la pression est trop forte », explique Guillaume Séchet.
En milieu de semaine prochaine, un flux d’ouest océanique va « pousser » le dôme de chaleur. Le blocage en oméga va alors se décanter.
Ne vous attendez pas à ce que les températures baissent d’un seul coup. Elles baisseront progressivement.
Dans les derniers scénarios que le fondateur de Météo-villes.com a pu consulter, la fin de la vague de chaleur est prévue entre lundi et mercredi prochain. « C’est quasiment certain », assure-t-il.
À partir de la mi-septembre, nous aurons vraiment l’automne. Nous verrons vraiment la différence du côté des températures.
Guillaume SéchetMétéorologue
Pourquoi ce phénomène risque de se reproduire
Si les températures devraient baisser la semaine prochaine, nous devrons nous habituer à ce genre de phénomène à l’avenir. « Comme il y a de plus en plus de chaleur sur la terre, elle prend de plus en plus de place », rappelle Guillaume Séchet.
En conséquence, le risque d’avoir des vagues de chaleur intense comme celle-ci augmente.
Le Sahara joue également un rôle non négligeable. « Notre problème en Europe occidentale, c’est que nous sommes face à un désert », souligne notre interlocuteur. Les vents en provenance d’Afrique étant très chauds et très intenses, les canicules vont prendre une « force particulière » sur l’Espagne, l’Italie et la France.
Un allongement problématique de la période estivale
En plus des mois d’été, septembre pourrait être de plus en plus touché par les canicules et les vagues de chaleur dans les années à venir.
« En octobre et en novembre, nous pouvons avoir des températures élevées, mais les conséquences ne seront pas les mêmes car le soleil est beaucoup plus bas », nous explique le météorologue.
Ce « prolongement de la période estivale », que nous observons depuis quelques années, n’est pas à prendre à la légère. Certes, un septembre ensoleillé peut être agréable pour affronter la rentrée. Mais l’augmentation des températures ne doit pas nous réjouir. Au contraire.
« Si cela durait indéfiniment, ce serait une catastrophe majeure. L’effondrement devient une réalité. Si parfois, nous avons des doutes sur les effets du réchauffement climatique, là, ce n’est plus possible », conclut Guillaume Séchet.