Facture d’eau: pourquoi les hausses de prix se rapprochent

Station d’épuration en lumière du jour
Image d'illustration. Le financement de l’eau se tend. — ADN

Le financement de l’eau et de l’assainissement entre dans une zone de tension. Une étude chiffre les besoins et ouvre la voie à des hausses de tarifs.

En bref

  • Des hausses de tarifs sont envisagées jusqu’en 2040
  • La directive Deru 2 alourdit fortement la facture
  • Une hausse de la taxe Gemapi est étudiée

Les ménages pourraient voir leur facture d’eau grimper régulièrement pendant quinze ans. Une étude publiée mercredi par La Banque postale, Intercommunalités de France et SFIL estime que, pour maintenir les réseaux en état, il faudrait relever les tarifs de l’eau potable d’au moins 3,5 % à 6 % par an, et ceux de l’assainissement de 3,5 % à 4 % par an jusqu’en 2040.

Des hausses annuelles déjà mises sur la table

Ce chiffrage donne la mesure du problème. On ne parle pas d’un simple ajustement ponctuel, mais d’une progression durable des tarifs si les collectivités veulent financer les besoins à venir.

L’étude décrit deux trajectoires. Les dépenses totales des services d’eau et d’assainissement, investissements, fonctionnement et remboursements compris, atteignaient 15,4 milliards d’euros en 2024. Dans son scénario tendanciel, ce total augmenterait de moitié d’ici 2040. Dans le scénario le plus ambitieux, il doublerait.

Pourquoi les coûts s’envolent

Une partie de la hausse vient de Deru 2, la nouvelle directive européenne sur les eaux usées avant leur rejet dans la nature. Elle impose notamment l’élimination des micropolluants, ce qui renchérit les équipements et leur exploitation.

À cela s’ajoute un sujet plus discret, mais très concret: le renouvellement des infrastructures. Réseaux, installations de traitement, équipements d’assainissement, tout cela vieillit. Et si le rythme de remplacement ne suit pas, l’état du service se dégrade. Bref, la dépense n’est pas présentée comme optionnelle dans l’étude, mais comme le prix du maintien du système.

Les collectivités cherchent encore comment financer la note

Pour Olivier Grimberg, directeur du secteur public local de SFIL, il existe des marges de manoeuvre sur le prix de l’eau. Lors de la présentation de l’étude, il a rappelé que les ménages français consacrent en moyenne autour de 1 % de leur budget à cette facture, contre 2 % pour la téléphonie.

Autre piste, l’endettement. Là aussi, les auteurs estiment qu’il reste un espace de financement. Le message est clair: les collectivités vont devoir arbitrer entre hausse des tarifs, emprunt, ou mélange des deux.

La taxe Gemapi revient dans le débat

L’étude ne s’arrête pas au petit cycle de l’eau, celui de l’eau potable et de l’assainissement. Elle regarde aussi le grand cycle, avec la restauration des milieux, la préservation de la ressource, la prévention, la connaissance et la gestion des inondations, qui conditionne le reste.

Pour ce volet, les auteurs poussent la taxe Gemapi, que les intercommunalités peuvent lever. Elle atteignait en moyenne 9,2 euros par habitant en 2025, pour un plafond autorisé de 40 euros. Le potentiel évoqué monte à 2,3 milliards d’euros de ressources supplémentaires. Reste un point, quand même, que l’étude souligne elle-même: l’acceptabilité d’une telle hausse par les contribuables.