Depuis quelques jours, le Niger est en pleine tourmente d'un coup d'État. Ce pays abrite une installation militaire française. Quel est son rôle principal ? Le combat contre le terrorisme.
Le Niger, en proie à un coup d’Etat : la position de la France
Depuis le mercredi 26 juillet 2023, le Niger traverse une période d’instabilité politique majeure. Suite à un coup d’Etat militaire, le Président Mohamed Bazoum, démocratiquement élu en 2021, a été mis en détention. Désormais, le général Abdourahamane Tchiani est à la tête du pays.
Le dimanche 30 juillet 2023, les tensions se sont amplifiées avec une manifestation au cours de laquelle l’ambassade de France à Niamey a subi des dégradations. Un sentiment anti-français se développe dans cette ex-colonie, indépendante depuis 1960. Les manifestants exigent le retrait de la France du Niger.
La présence française au Niger se justifie par des intérêts sécuritaires et économiques. En effet, 1500 militaires français sont toujours en poste dans le pays pour des missions anti-terroristes, comme l’indique le ministère des Armées à directs.fr.
La présence militaire française au Sahel en déclin
Le Niger n’est pas le premier pays du Sahel à connaître un coup d’Etat depuis 2020, après le Mali et le Burkina Faso, également cibles d’attaques liées à l’État islamique et à Al-Qaïda. Le troisième pays du Sahel à subir un coup d’État depuis cette date est donc le Niger.
La présence militaire française dans ces deux premiers pays du Sahel a diminué. En août 2022, l’armée française a quitté la base malienne de Gao, mettant fin à l’opération Barkhane, qui faisait suite à l’opération Serval lancée en 2013. C’est à ce moment que les forces françaises se sont redéployées au Niger.
En janvier 2023, la Force Sabre, les forces spéciales militaires présentes depuis 15 ans à Ouagadougou, se sont également retirées du Burkina Faso. Ainsi, le nombre de militaires français au Sahel a diminué en un an, passant d’environ 4 500 à 2 500, dont 1 500 au Niger et 1 000 au Tchad.
Un dispositif anti-djihadiste conséquent
Avec 1 500 militaires, le Niger est devenu le centre du dispositif anti-djihadiste français au Sahel, suite au retrait forcé des militaires français du Mali en 2022.
Les forces françaises mènent régulièrement des opérations spéciales en collaboration avec l’armée nigérienne. La dernière en date, annoncée par le ministère des Armées, a eu lieu en mai 2023.
Il s’agissait d’une opération aéroportée visant à prendre le contrôle d’un bâtiment à proximité de la frontière malienne, dans la zone dite « des trois frontières », un secteur clé et dangereux dans la lutte contre le djihadisme.
« Ce putsch contre les autorités nigériennes démocratiquement élues avec lesquelles notre pays coopérait pour lutter contre le terrorisme et le trafic d’êtres humains est une menace pour la sécurité de la France, mais aussi du continent européen », a commenté dimanche sur Twitter, Stéphane Séjourné, responsable du parti présidentiel Renaissance.
La question de l’avenir des forces militaires françaises au Niger reste ouverte. Pour l’instant, le ministère des Armées n’a pas encore pris de décision, la situation n’étant pas stabilisée. L’avenir de la coopération militaire franco-nigérienne est également incertain.
Des intérêts économiques en jeu
Sur le plan économique, peu d’entreprises françaises sont présentes au Niger, à l’exception du groupe minier Orano (ex-Areva). Ce groupe, détenu par l’État français, emploie près de 900 personnes au Niger, principalement des locaux. Le Niger possède des ressources en uranium.
Orano exploite depuis 50 ans deux sites miniers : la Somaïr (Société des mines de l’Aïr) depuis 1971 et la Cominak (Compagnie Minière d’Akouta) depuis 1978. Cette dernière a fermé le 31 mars 2021 – suite à l’épuisement des ressources – et est en cours de réaménagement, un projet toujours mené par Orano.
Entre 2005 et 2020, le Niger a été le troisième fournisseur d’uranium de la France, fournissant 19 % de ses approvisionnements, derrière le Kazakhstan et l’Australie, selon le comité technique Euratom.
« Pour l’instant, aucun changement n’est à signaler, la situation est normale », a assuré une porte-parole du groupe au Monde.
Il convient de souligner qu’Orano mène un projet important au Niger avec des études pour exploiter le site d’Imouraren, qui possède des réserves d’uranium estimées à 174 000 tonnes et une durée de vie du site minier estimée à 43 ans.
500 à 600 ressortissants français sur place
Il y aurait entre 500 et 600 ressortissants français au Niger.
« La France, comme toujours, protège ses ressortissants. La situation cet après-midi est plus calme, mais nous sommes extrêmement vigilants », a déclaré sur RTL la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna, ce dimanche.
Les ressortissants français au Niger ont tous été contactés, des mesures de précaution ont été prises et « seront renforcées si nécessaire, mais il n’y a pas de décision d’évacuation à l’heure actuelle », a-t-elle précisé.
Emmanuel Macron : « aucune attaque contre la France ne sera tolérée »
La France a averti dimanche qu’elle réagirait « immédiatement et sans concession » à toute attaque contre ses ressortissants et ses intérêts au Niger, suite à la manifestation où des milliers de partisans du coup d’Etat ont ciblé son ambassade à Niamey.
Quiconque s’attaquerait aux ressortissants, à l’armée, aux diplomates et aux emprises françaises verrait la France répliquer de manière immédiate et intraitable.
Elysée
Le président Emmanuel Macron a prévenu qu’il ne « tolérera aucune attaque contre la France et ses intérêts ». « Ce sera aux putschistes de dire qui est derrière eux et qui les soutient », a souligné Catherine Colonna, interrogée sur la présence de drapeaux russes lors de la manifestation.
« Quoi qu’il en soit, les coups d’État ne sont pas acceptables, ils menacent la stabilité d’un pays et de la région ».
L’Élysée a assuré que la France soutenait « toutes les initiatives régionales » visant au retour du président élu Mohamed Bazoum.