La suspension de l’humoriste Guillaume Meurice témoigne d’une ‘société divisée’ : pourquoi France Inter l’a-t-il écarté ?
La mise à pied de Guillaume Meurice suite à une plaisanterie révèle certaines caractéristiques de notre société, selon un politologue. Que peut-on déduire de cet incident ?
TL;DR
- La suspension de Guillaume Meurice souligne la polarisation de la société
- L’humour peut être une arme politique de division
- L’éviction de Meurice signale une France profondément divisée
Le rire révélateur d’une société divisée
« Dis-moi de quoi et de qui tu ris, et je te dirais qui tu es » – une phrase qui trouve une résonance particulière dans le contexte actuel. L’écho de la récente controverse entourant l’humoriste Guillaume Meurice, suspendu de l’antenne de France Inter à la suite d’une blague, a permis de révéler des vérités sur notre société.
Le rôle de l’humour dans le discours social
Les travaux sur l’humour permettent de distinguer trois grandes écoles : l’incongruité, qui met en lumière le décalage entre l’attendu et la réalité; le rire de supériorité, qui analyse la relation de pouvoir entre le rieur et sa cible; et le rire libérateur, qui traite de la transgression des tabous.
La blague de Guillaume Meurice, qui a comparé Benjamin Netanyahu à « une sorte de nazi sans prépuce », s’inscrit dans ces trois catégories. Elle démontre ainsi que l’humour peut être à la fois une arme pour les faibles et un alibi innocent pouvant être sujet à interprétation.
L’humour : un outil de division politique ?
De nombreuses émissions, comme Le grand dimanche soir, se sont transformées en véritables théâtres politiques, où le rire sert moins à rassembler qu’à accentuer les divisions. Paradoxalement, l’humour, loin d’être une force pacificatrice, peut donc se révéler être une arme politique de division, cristallisant les identités entre les groupes.
La haine sous couvert de l’humour
La suspension de Guillaume Meurice de France Inter pourrait être perçue comme l’expression d’une France profondément divisée, où l’humour sert de prétexte pour exprimer la haine de l’autre camp. En somme, l’humour apparaît comme un véritable baromètre de la santé démocratique d’une nation. Plus une société parvient à rire d’elle-même, mieux elle se porte. À l’inverse, plus elle est divisée, moins elle parvient à se rassembler par le rire.
Guillaume Grignard, Chercheur FNRS en sciences politiques, Université Libre de Bruxelles (ULB)
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
