Le CPF, bientôt rebaptisé, avec un contrôle plus serré des formations

Salle de formation avec ordinateurs
Image d'illustration. Les formations CPF seraient mieux contrôlées. — ADN

Le gouvernement veut faire évoluer le CPF vers un usage plus encadré. Derrière le changement de nom, c’est la liberté de choix des salariés qui inquiète.

En bref

  • Le CPF pourrait devenir plus encadré
  • Un questionnaire préalable est envisagé
  • Syndicats et secteur redoutent un recul

Utiliser son CPF pourrait bientôt ne plus se faire aussi librement qu’aujourd’hui. Le gouvernement envisage d’imposer une vérification de la cohérence entre la formation demandée et le projet professionnel du titulaire, avec à la clé un changement de nom, le Compte personnel de formation devant devenir Compte professionnel de formation.

Un feu vert avant d’utiliser son compte

Mi-juillet, Jean-Pierre Farandou a expliqué aux Echos vouloir remplacer le mot personnel par professionnel dans le sigle CPF. Son idée, rapportée à ce moment-là, consistait à faire vérifier par l’employeur ou par un tiers de confiance que la formation choisie correspond bien à l’évolution professionnelle visée et au marché du travail.

Mardi, le ministère du Travail a nuancé. Il affirme que la liberté de choisir une formation serait préservée, mais qu’avant toute mobilisation du compte, le titulaire serait invité à remplir un bref questionnaire automatisé pour préciser son projet professionnel. Si un décalage apparaît, la personne pourrait être orientée vers les conseillers en évolution professionnelle. Résultat, un contrôle en amont qui marquerait une rupture avec le fonctionnement actuel.

Un dispositif déjà durci ces dernières années

Le CPF a pris le relais du DIF en 2015. Depuis la loi de 2018 portée par Muriel Pénicaud, il est alimenté en euros, et non plus en heures. Les salariés travaillant au moins à mi-temps reçoivent 500 euros par an, dans la limite de 5 000 euros, utilisables directement via l’application Mon compte formation.

Mais le système a déjà été resserré. Le budget 2026 prévoit un plafonnement des droits mobilisables pour une formation et réserve aux seuls chômeurs le financement du permis de conduire. Il faut aussi compter avec un reste à charge, fixé à 100 euros en 2024 puis relevé à 150 euros en 2026.

La logique budgétaire en toile de fond

Le CPF, financé par les entreprises via la Caisse des Dépôts, a permis une forte hausse du nombre de formations suivies. Il a aussi attiré des organismes peu scrupuleux, ce qui alimente depuis plusieurs mois l’argument du meilleur ciblage.

Dans cette logique, le sénateur Emmanuel Capus recommande de développer les cofinancements pour s’assurer de la pertinence des formations au regard des besoins des régions, des branches et des entreprises. Et le contexte budgétaire pèse lourd. Le budget 2027 doit chercher de nouvelles économies, avec 2,8 milliards d’euros en moins pour la mission travail du ministère.

Syndicats et acteurs du secteur dénoncent un recul

Les critiques, elles, sont nettes. Muriel Pénicaud juge ce projet comme « un recul sur la démocratisation, sur la liberté, sur l’émancipation » et y voit une réforme trop guidée par la contrainte financière. La CFDT parle d’une remise en cause profonde d’un droit fondamental.

Du côté de l’Unsa, Vanessa Jereb déplore une vision entièrement tournée vers les besoins des entreprises, au détriment des aspirations et des nouvelles compétences que la formation peut aussi nourrir. Même inquiétude chez Julie Vignaux, patronne de Learnation Group, qui estime qu’en reliant toute formation à une utilité immédiate, on réduit sa portée dans le temps. En parallèle, le ministère du Travail dit vouloir relever, via Qualiopi, le niveau d’exigence pédagogique des formations.

Benjamin

Spécialiste Économie

Tous ses articles →
Une erreur dans cet article ?

Nous apportons le plus grand soin à chaque article et nous appuyons sur des sources fiables. Personne n'est à l'abri d'une erreur : si vous en repérez une, signalez-la, nous la corrigerons au plus vite.

Sujets
Formation

Lisez Directs.fr en priorité sur Google

Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.

Ajouter à mes sources