Les Français délaissent toujours plus le Livret A pour privilégier l’assurance-vie

Image d'illustration. Un espace de travail serein avec un ordinateur portable ouvert sur un site web financierADN
La collecte sur le Livret A connaît un net recul, tandis que l’assurance-vie séduit de plus en plus d’épargnants français. Cette tendance confirme l’évolution des préférences en matière de placement financier dans un contexte économique incertain.
Tl;dr
- Retraits records sur le Livret A en février 2026.
- Baisse des taux, transfert vers l’assurance-vie plus rentable.
- Fonds des livrets mobilisés pour financer six EPR2.
Des épargnants français qui se détournent du Livret A
L’épargne populaire traverse une phase de turbulences rarement observée. En février 2026, les détenteurs de Livret A ont effectué plus de retraits que de dépôts, à hauteur de 740 millions d’euros selon les données dévoilées par la Caisse des dépôts. Cette inversion du flux habituel, traditionnellement positif à cette période de l’année, interpelle les observateurs et fait réagir au sein des institutions financières.
« C’est un mouvement à rebours de la tendance habituelle […] du mois de février, qui en général est collecteur », constate Stéphane Magnan, responsable au sein de la Caisse des dépôts. Parmi les facteurs explicatifs avancés : la récente baisse du taux d’intérêt du Livret A, passé de 1,7 % à 1,5 % le 1er février. Résultat : l’attrait pour ce produit recule et les arbitrages se multiplient.
L’assurance-vie tire son épingle du jeu
La décollecte observée s’accompagne d’un déplacement progressif des capitaux. Nombreux sont ceux qui préfèrent désormais diriger leur épargne vers l’assurance-vie, jugée un peu plus rémunératrice dans ce contexte. Malgré tout, les sommes conservées sur le Livret A demeurent considérables – on parle encore de 447 milliards d’euros en février.
Du côté du Livret de développement durable et solidaire (LDDS), très proche dans ses conditions du Livret A, la situation reste stable : les encours atteignent toujours environ 165,2 milliards d’euros. Quant au Livret d’épargne populaire (LEP), réservé aux foyers modestes, il conserve une dynamique positive : +180 millions d’euros nets déposés en février. Un engouement soutenu par un taux supérieur à celui du Livret A – bien qu’amputé lui aussi (de 2,7 % à 2,5 % depuis le début du mois).
L’ombre de l’inflation et nouvelles orientations pour l’épargne
Dans ce climat incertain, la vigilance s’impose face aux menaces inflationnistes évoquées par la BCE. Le choc énergétique provoqué par la guerre au Moyen-Orient accentue ces risques. L’enjeu ? Une hausse possible de l’inflation, susceptible de peser sur le pouvoir d’achat mais aussi – paradoxalement – d’encourager une remontée des taux sur certains produits d’épargne indexés.
Rappelons que « si on regarde l’histoire du Livret A, il a toujours été une valeur refuge dans les périodes de crise », précise Stéphane Magnan. Pourtant, cette sécurité n’empêche pas l’État français d’envisager d’autres usages pour ces fonds.
L’épargne mobilisée pour financer le nucléaire
Dans une annonce remarquée début mars, l’Elysée a officialisé la mobilisation du fonds géré par la Caisse des dépôts — alimenté principalement par les livrets réglementés — pour contribuer à hauteur de 60 % au financement de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2.
L’investissement prévu atteint près de 72,8 milliards d’euros. Les autorités assurent que ce soutien massif ne remettra pas en cause le financement habituel du logement social. La trajectoire choisie témoigne ainsi d’une volonté politique claire : celle d’associer davantage l’épargne citoyenne aux grands chantiers industriels nationaux.
