Une étude menée à Tenerife observe des altérations du langage narratif chez des patients atteints de Parkinson, avant même des signes cognitifs nets.
En bref
- Des altérations du récit apparaissent très tôt.
- Elles concernent aussi des patients sans déclin net.
- Le langage pourrait aider au dépistage précoce.
Repérer plus tôt les atteintes cognitives liées à la maladie de Parkinson, c’est l’un des gros enjeux du moment. Une équipe de l’Université de La Laguna, à Tenerife, avance un signal intéressant, une baisse de la complexité narrative qui apparaît avant des signes plus évidents de trouble cognitif léger.
Pourquoi ce signal intéresse les médecins
La maladie de Parkinson reste souvent associée aux tremblements, au ralentissement des mouvements ou aux problèmes d’équilibre. Mais elle ne s’arrête pas là. Elle peut aussi toucher le langage et les fonctions cognitives, avec un impact direct sur la vie quotidienne.
Le sujet n’est pas secondaire. L’Université de La Laguna rappelle que Parkinson est aujourd’hui la deuxième maladie neurodégénérative la plus fréquente dans le monde, derrière Alzheimer. Au fil de l’évolution, entre 30 % et 50 % des patients présentent un trouble cognitif léger, et entre 70 % et 80 % pourraient développer une démence avec les années.
Ce que montre l’étude sur 51 participants
L’étude, publiée dans Archives of Clinical Neuropsychology, a porté sur 51 participants. Le groupe comprenait 27 patients atteints de Parkinson et 24 personnes saines, sans pathologie neurologique, utilisées comme témoins.
Parmi les 27 patients, 14 ne présentaient pas de trouble cognitif léger et 13 répondaient déjà aux critères cliniques de ce diagnostic. Les travaux ont été menés par María García Pérez, María Antonia Nieto et Iván Galtier, avec l’appui de l’Association de Parkinson de Tenerife.
Des récits plus simples, même sans autre signe net
Pour évaluer la production du langage, les chercheurs ont utilisé plusieurs tests, dont l’image du « Robo de Galletas », un outil classique en neuropsychologie. Le principe est simple, décrire une scène de la vie courante pour mesurer la capacité à construire un récit.
Résultat, les patients atteints de Parkinson, qu’ils aient ou non un trouble cognitif léger, formulent davantage de phrases simples et moins de structures complexes avec plusieurs propositions. Leur indice de complexité linguistique est plus faible, ce qui renvoie à une moindre capacité à relier les idées et à bâtir un discours plus élaboré.
Autre point relevé, leur vitesse de production verbale est plus lente. En revanche, le nombre total de mots utilisés et le temps passé sur la tâche ne diffèrent pas vraiment de ceux du groupe témoin.
Ce que cela change pour la suite
Le point qui retient l’attention, c’est que cette baisse de complexité narrative semble indépendante du niveau cognitif global et du degré d’évolution motrice de la maladie. Bref, ce signal ne se comporte pas comme d’autres tests plus classiques.
La fluence verbale ou la dénomination d’objets, elles, restent davantage liées au trouble cognitif léger et à l’évolution clinique. Les patients déjà touchés sur ce plan obtiennent d’ailleurs de moins bons scores en fluence sémantique et en dénomination, ce qui va dans le sens de travaux antérieurs. Mais la fragilité du récit apparaît plus tôt. Et c’est précisément ce qui ouvre une piste pour de futurs outils de détection.