Perte d’audition et démence, pourquoi le lien reste à nuancer

Salle d’audiologie en cabinet
Image d'illustration. Le lien audition-démence reste débattu. — ADN

Le lien entre baisse de l’audition et démence alimente beaucoup d’espoirs. Les médecins rappellent pourtant que les preuves restent plus complexes qu’il n’y paraît.

En bref

  • Le lien audition-démence existe, mais reste complexe
  • Les aides auditives ne prouvent pas une prévention
  • Un rapport de 2017 a changé le débat

La baisse de l’audition est de plus en plus présentée comme une cause directe de la démence. Des médecins rappellent pourtant que le dossier est plus complexe. Oui, des travaux montrent un lien. Non, cela ne suffit pas à prouver qu’un appareil auditif ou un simple test peut prévenir la maladie.

Une idée devenue très vite un réflexe

Depuis quelques années, le sujet a pris une place énorme dans le débat public. Des articles ont avancé qu’une part importante des cas de démence pourrait être liée à des problèmes d’audition. Des médecins de télévision expliquent aussi qu’un test auditif pourrait aider à éviter le syndrome. Et des publicités pour les aides auditives vont plus loin, en affirmant que ces appareils peuvent ralentir le déclin cognitif.

Le problème, c’est le glissement. Entre une association repérée par la recherche et une promesse de prévention, l’écart est réel.

D’où vient ce lien entre l’oreille et le cerveau

Les premières études qui relient baisse des sens et performances cognitives ne datent pas d’hier. Dès les années 1990, la Berlin Aging Study avait observé une association entre une dégradation de l’audition ou de la vue et une baisse des fonctions cognitives.

Mais le vrai tournant arrive plus tard, avec un rapport très commenté publié en 2017 dans The Lancet. Intitulé Dementia Prevention, Intervention and Care, ce document a largement relancé l’intérêt pour ce sujet.

Ce que dit vraiment le grand rapport de 2017

Ce rapport classe la perte auditive comme le principal facteur de risque modifiable de la démence. Autrement dit, un élément qui pourrait peser sur le risque de maladie et sur lequel on peut agir, à la différence des antécédents familiaux ou de la génétique.

Il suggère aussi que la perte auditive pourrait jouer un rôle plus important que l’isolement social, la pauvreté, le manque d’exercice ou une mauvaise alimentation. Et il avance qu’un traitement de ce problème pourrait éviter jusqu’à 8% des cas de démence dans le monde.

Mais le rapport posait lui-même une limite importante, le lien exact entre les deux restait incertain. C’est là que la nuance compte.

Pourquoi cette nuance compte autant aujourd’hui

Si l’idée s’est installée si vite, c’est aussi parce que l’enjeu est massif. Le nombre de cas de démence pourrait tripler d’ici 2050. Forcément, le public comme les soignants cherchent des pistes concrètes pour réduire la fréquence de cette maladie.

Et l’audition donne l’impression d’un levier accessible, donc séduisant. Bon, traiter une perte auditive a des bénéfices clairs. En revanche, affirmer que cela empêche la démence, c’est aller plus vite que les preuves disponibles. C’est précisément ce que les médecins cherchent à corriger aujourd’hui.

Benjamin

Spécialiste Santé

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