Derrière le jour férié du 14 juillet, il n’y a pas qu’un souvenir de la Bastille. La date a été choisie en 1880 pour réunir deux lectures de l’histoire.
En bref
- Le 14 juillet est férié depuis 1880
- La date renvoie à 1789 et 1790
- Elle réunit mémoire révolutionnaire et unité nationale
Le 14 juillet ne célèbre pas seulement la prise de la Bastille. En France, ce jour férié renvoie aussi à la fête de la Fédération de 1790, un épisode beaucoup moins connu. C’est ce double sens qui explique le choix de la date.
En 2026, la journée a en plus un relief particulier. Une troisième vague de canicule touche l’Hexagone depuis le début du mois de juillet, avec des températures qui dépassent les 40 degrés, et plusieurs événements de la fête nationale sont annulés. Mais la portée du 14 juillet, elle, ne change pas.
Une fête nationale fixée tardivement
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le 14 juillet n’est pas célébré depuis la Révolution. Il faut attendre 1880 pour qu’il devienne la fête nationale. Le député Benjamin Raspail, sous la IIIe République, dépose alors la loi du 6 juillet 1880 destinée à créer un rendez-vous annuel.
Détail intéressant, l’unique article publié au Journal officiel ne dit pas clairement ce que la nation commémore. Résultat, la date reste ouverte à plusieurs lectures.
La Bastille, le récit le plus connu
Dans l’imaginaire collectif, le 14 juillet renvoie d’abord à 1789. Cette année-là, les États généraux se réunissent avec le clergé, la noblesse et le tiers état, dans un contexte politique et financier très tendu pour Louis XVI. Des cahiers de doléances sont rédigés partout dans le pays.
À Paris, la tension monte encore. Des troupes royales se regroupent autour de la capitale et de Versailles, tandis que le prix du pain flambe. Le renvoi du ministre Jacques Necker, le 11 juillet, accroît l’inquiétude.
Le 14 juillet, une foule prend d’abord des armes aux Invalides, puis marche vers la Bastille pour obtenir de la poudre. Le gouverneur, le marquis de Launay, fait tirer. La forteresse tombe finalement et il est exécuté. Ce moment reste central dans le récit révolutionnaire français.
L’autre 14 juillet, celui de l’unité
Un an plus tard, le 14 juillet 1790, le ton est très différent. Au Champ-de-Mars, la fête de la Fédération réunit les gardes nationaux venus des provinces. Il y a un défilé, une messe, ainsi que la présence des députés, du roi et de la reine.
Selon l’historienne Nadine Cretin, cette journée symbolise l’unité. Louis XVI y prête serment à la Nation. On est loin de l’image d’un affrontement armé.
Pourquoi cette date a fini par s’imposer
Lors des débats parlementaires, plusieurs dates étaient sur la table. Les républicains les plus radicaux poussaient le 14 juillet 1789, vu comme le symbole de l’héroïsme populaire. Les plus modérés préféraient le 14 juillet 1790, jugé moins violent et plus fédérateur.
Le choix du 14 juillet permet donc de tenir les deux fils à la fois, la mémoire de la Révolution et l’idée de rassemblement national. C’est sans doute ce qui explique la solidité de cette date, encore célébrée aujourd’hui, avec ou sans feu d’artifice.