Pourquoi taxer les grandes fortunes pourrait sauver des millions de vies

Quartier d’affaires sous ciel voilé
Image d'illustration. Fortunes, entreprises et carbone sont visés. — ADN

Une étude d’ISGlobal estime que des taxes sur les fortunes, les multinationales ou le carbone pourraient éviter jusqu’à 29,5 millions de morts d’ici 2030.

En bref

  • L’aide baisse, les besoins restent massifs
  • Jusqu’à 29,5 millions de morts évitées
  • Fortunes, multinationales, carbone parmi les pistes

L’enjeu est très concret. Alors que l’aide officielle au développement recule dans plusieurs pays, une équipe pilotée par ISGlobal, à Barcelone, estime que des taxes internationales ciblant les plus gros patrimoines, certaines entreprises ou les émissions de carbone pourraient financer santé et développement dans les pays les plus pauvres.

L’étude, publiée dans The Lancet, chiffre cet impact possible entre 6,6 et 29,5 millions de morts évitées d’ici 2030 dans les pays à faible revenu. Le sujet n’est pas théorique, puisque les auteurs partent d’un constat simple, les besoins restent là quand les financements, eux, se contractent.

La baisse de l’aide remet le financement sur la table

Selon ISGlobal, ces mesures fiscales pourraient dégager des ressources importantes au moment où pas mal de pays réduisent leur contribution à l’aide au développement. L’idée n’est donc pas seulement budgétaire. Elle touche directement aux systèmes de santé et aux programmes de développement dans les États les plus fragiles.

L’équipe a travaillé sur 59 pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire inférieur, avec des données couvrant la période 2002-2021. À partir de là, elle a modélisé dix politiques de redistribution de la richesse censées compenser la baisse de l’aide.

Ce que montre l’étude sur la mortalité

Le résultat central est net. Un niveau plus élevé d’aide au développement est associé à une baisse de 24% de la mortalité générale et de 33% de la mortalité des enfants de moins de 5 ans.

Et l’hypothèse inverse donne la mesure du risque. Si les coupes se poursuivent jusqu’en 2030, l’étude estime qu’il pourrait y avoir environ 7,6 millions de morts supplémentaires, dont 1,4 million d’enfants de moins de 5 ans.

Les taxes testées, des fortunes au carbone

Les auteurs ont simulé plusieurs pistes déjà présentes dans le débat international. On y trouve des prélèvements sur les grandes fortunes, sur les transactions financières, sur les multinationales, mais aussi sur les émissions de carbone, les cryptomonnaies ou encore les intérêts produits par la dette souveraine.

Les écarts sont importants selon les mécanismes. Un impôt de 3% sur la richesse des plus grandes fortunes est associé à 29,5 millions de morts évitées. Une taxe sur les transactions financières monte à environ 24 millions. Un impôt minimum mondial sur les multinationales, lui, est lié à 20 millions de morts en moins.

Un débat politique, pas une consigne unique

Davide Rasella, chercheur à ISGlobal et coordinateur du travail, résume le message ainsi, « appliquer même des mesures modérées de redistribution de la richesse » pourrait sauver des dizaines de millions de vies dans les prochaines années.

Les auteurs insistent quand même sur un point. Leur objectif n’est pas de trancher en faveur d’une seule taxe, mais d’estimer l’effet sanitaire possible de mécanismes déjà discutés à l’échelle internationale. La suite, elle, relève clairement du choix politique.

Benjamin

Spécialiste Santé

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