Une étude menée aux États-Unis relance le débat sur le poids de la génétique dans les revenus. Mais un biais bien connu réduit une partie de l’effet mesuré.
En bref
- Une étude mesure l’effet génétique sur les revenus
- 44.500 paires de jumeaux ont été analysées
- Un biais réduit l’effet estimé de 15%
Les revenus se transmettent-ils surtout par le milieu social, ou aussi par la génétique ? Une équipe de l’Université de Californie à Berkeley, aux États-Unis, apporte un élément de réponse avec une étude publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences.
Un vieux débat remis à l’épreuve des chiffres
Le point de départ est simple. Quand un enfant d’un foyer aisé obtient plus tard une meilleure situation économique, cela peut tenir aux ressources des parents, à leur statut social, ou à des caractéristiques héritées sur le plan génétique.
Mais séparer ces effets reste compliqué avec les bases de données habituelles. C’est justement ce que les chercheurs ont cherché à faire, en comparant des situations familiales proches, sans mélanger trop vite les causes.
Des millions de liens familiaux passés au crible
Pour cela, les auteurs ont utilisé des données de recensement sur les revenus perçus entre 2018 et 2023. L’échantillon est large, 44.500 paires de jumeaux, auxquelles s’ajoutent plus d’un million de paires de frères et sœurs non jumeaux, tous nés entre 1983 et 1990 aux États-Unis.
Leur méthode repose sur plusieurs comparaisons. Les chercheurs ont mis en parallèle des jumeaux de même sexe et de sexe différent, puis des frères et sœurs non jumeaux, eux aussi de même sexe ou non. Une limite existe quand même, les données administratives ne permettaient pas de distinguer les jumeaux identiques des jumeaux fraternels.
Ce que l’étude trouve sur emploi et revenus
Résultat, l’étude repère une héritabilité génétique jugée importante dans deux domaines, la probabilité d’avoir un emploi et le niveau de revenu.
Autrement dit, les caractéristiques transmises génétiquement compteraient dans les trajectoires sur le marché du travail. Sur ce point, le signal mesuré par les chercheurs est net. Mais il n’épuise pas la question du poids de la famille au sens large.
Le biais qui réduit l’effet observé
C’est là que l’étude devient plus intéressante. Les chercheurs ont constaté qu’une part relativement élevée des jumeaux de même sexe travaillait dans la même entreprise, bien davantage que les jumeaux de sexe différent ou les autres frères et sœurs.
Ce détail change l’estimation. En retirant les jumeaux et les frères et sœurs employés dans la même société, l’héritabilité génétique estimée des revenus baisse de 15%.
Pour les auteurs, cela suggère que les jumeaux ont tendance à s’influencer mutuellement. Et cette proximité peut gonfler, dans les études classiques sur jumeaux, la part attribuée à la génétique dans le statut économique et d’autres résultats sociaux. Bref, le lien existe, mais il est moins mécanique qu’il n’y paraît.