Une commission internationale présentée à Berlin estime que 17 menaces peuvent faire basculer la santé mondiale d’ici 2100. Et que les choix faits maintenant pèseront lourd.
En bref
- 17 menaces majeures recensées jusqu’en 2100
- Le climat est déjà une urgence sanitaire
- Les choix politiques actuels pèseront durablement
Ce n’est pas une crise unique qui inquiète les chercheurs, mais 17 menaces capables, ensemble, de peser sur la santé mondiale jusqu’en 2100. La commission publiée par The Lancet, présentée au Sommet mondial de la santé 2026 à Berlin, estime que les décisions prises maintenant dans la santé, le climat, la finance ou la sécurité fixeront le niveau de pertes évitables pour les générations futures.
Un cadre inédit pour mesurer l’ampleur du risque
Le travail s’appuie sur une analyse de risques couvrant 204 pays et territoires, menée avec l’IHME, l’Institut de métriques et d’évaluation de la santé. Les auteurs ont passé en revue des centaines de menaces possibles avant d’en retenir 17, avec un filtre précis: chacune devait pouvoir entraîner au moins un milliard d’AVAD d’ici 2100, être modélisable et laisser une marge d’action politique réelle.
La commission, coprésidée par Christopher JL Murray et Natalia Kanem, a réuni 35 responsables et experts venus de la santé, de l’économie, de la gouvernance, de la sécurité et de la technologie. Pour chaque risque, elle compare un meilleur scénario et un pire, afin d’indiquer où l’investissement public et l’innovation peuvent changer la donne.
Climat, IA, nucléaire: les menaces qui pèsent le plus lourd
Deux risques gardent une probabilité faible, mais un potentiel extrême: le conflit nucléaire et l’usage malveillant de l’intelligence artificielle. Selon l’évaluation, prévenir un conflit nucléaire pourrait éviter environ 133 millions de morts et 9,35 milliards d’AVAD d’ici 2100. Réduire le risque d’une IA malveillante permettrait, lui, d’éviter environ 10,4 milliards d’AVAD.
Le changement climatique, lui, n’est déjà plus théorique. Limiter le réchauffement à environ 1,8 °C, au lieu de 4,4 °C, éviterait 1,89 milliard d’années de vie en bonne santé perdues, notamment à cause de la chaleur extrême et de la pollution de l’air. Et encore, la commission précise que ce total ne prend pas pleinement en compte les déplacements forcés, la sécheresse ou les effets sur la santé mentale.
Des dégâts très inégaux selon les pays et les populations
La charge sanitaire ne sera pas répartie également. Les femmes et les enfants de l’Afrique subsaharienne figurent parmi les plus exposés, notamment si l’aide au développement consacrée à la santé recule. La région pourrait supporter près de 70 % de la charge évitable liée à un effondrement de cette aide.
Même logique pour l’éducation et les revenus. Une hausse du niveau scolaire pourrait éviter 16,1 milliards d’AVAD. L’inégalité de revenus, elle, représenterait une charge comparable à 25 pandémies de Covid-19, soit 13,8 milliards d’AVAD. L’obésité reste aussi une menace lourde et croissante, avec 23,1 milliards d’AVAD potentiellement évitables.
La liste complète des 17 menaces et les réponses avancées
La commission retient: l’IA malveillante, le nucléaire, la pollution de l’air, la résistance aux antimicrobiens, la dénutrition infantile, le climat, les conflits conventionnels, la baisse de l’aide sanitaire, l’alcool, l’hypertension, les inégalités de revenus, le faible niveau d’éducation, les pandémies naturelles, l’obésité, la mauvaise santé mentale, le tabac et le vieillissement en mauvaise santé.
Christopher JL Murray résume l’enjeu en une phrase: « Le constat le plus frappant n’est pas seulement l’ampleur de ces menaces, mais le fait que l’humanité peut encore agir ». Trois leviers sont avancés: bâtir des systèmes de santé capables d’absorber les chocs, accélérer l’investissement dans l’innovation de rupture et mieux suivre les risques émergents. Le message est sobre, mais net: attendre renchérira la facture.