1 500 médecins libéraux menacent de grève prolongée et d’ »exil »

Image d'illustration. Salle de consultation spacieuseADN
Face à une intensification des tensions dans le secteur de la santé, 1 500 médecins libéraux, dont des chirurgiens et gynécologues, annoncent leur intention de se mobiliser par une grève prolongée et d’envisager un départ temporaire à l’étranger.
Tl;dr
- Grève de 1 500 médecins privés prévue en janvier.
- Dépassements d’honoraires menacés par la réforme Sécu.
- Perturbations attendues pour les hôpitaux et patients.
Une mobilisation inédite des médecins libéraux
Le climat se tend parmi les praticiens du secteur privé. Près de 1 500 chirurgiens, anesthésistes et gynécologues-obstétriciens issus des cliniques privées s’organisent pour frapper fort : à partir du 5 janvier prochain, ils comptent fermer leurs blocs opératoires et « partir symboliquement en exil à Bruxelles », une manière spectaculaire d’exprimer leur mécontentement.
À l’origine de cette colère : le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) qui vient raviver le débat sur la question des dépassements d’honoraires.
Pression sur les dépassements d’honoraires
Adopté en commission puis discuté à l’Assemblée nationale, l’article 26 du PLFSS prévoit d’augmenter par décret la cotisation que versent les médecins sur leurs suppléments d’honoraires, aujourd’hui fixée à 3,25 %. Plusieurs amendements déposés — notamment par la gauche — vont même plus loin.
Ils envisagent soit une interdiction partielle, soit un plafonnement strict des dépassements jugés excessifs. Ces propositions s’appuient sur une inflation préoccupante : on estime à 4,3 milliards d’euros le montant total en 2024, avec une croissance annuelle de 5 % hors inflation depuis cinq ans.
Médecine libérale sous tension
Les syndicats représentatifs comme l’UCDF, l’AAL, le SNCUF ou le Syngof, montent au front. Selon eux, si la possibilité de pratiquer des dépassements disparaissait dans le secteur 2, cela signerait ni plus ni moins la mort de leurs cabinets. Ils rappellent que les tarifs conventionnés sont bloqués depuis deux décennies, tandis que les frais professionnels et charges sociales absorbent jusqu’à 85 % du chiffre d’affaires d’un chirurgien.
Par ailleurs, les praticiens annoncent une grève totale incluant les urgences, tout en garantissant la continuité des soins pour les patients déjà hospitalisés. D’après le président de l’UCDF Philippe Cuq, près de « 3 000 à 4 000 médecins pourraient rejoindre ce mouvement inédit ». Pour y participer, chaque inscrit a déjà versé entre 870 et 1 180 euros.
L’accès aux soins en question
Face à ce bras de fer, plusieurs députés — dont Yannick Monnet (PCF) et Jean-François Rousset (EPR) — prônent non seulement un plafonnement mais aussi une révision profonde des grilles tarifaires afin d’éviter que les patients renoncent à certains actes faute de moyens. Le dernier rapport du Haut conseil de l’assurance maladie révèle qu’en 2024, 56 % des spécialistes exercent en secteur 2, contre seulement 37 % il y a vingt-quatre ans. Un autre enjeu concerne la prise en charge très variable par les complémentaires santé qui ne couvrent qu’environ 40 % du reste à charge.
En toile de fond, c’est bien l’équilibre fragile entre attractivité médicale et accessibilité financière qui se retrouve au cœur du débat social actuel.
