L'indignation monte dans les postes de police de France suite à l'emprisonnement d'un officier de police de Marseille le 21 juillet. En dépit d'un témoignage bouleversant, les autorités gouvernementales ont du mal à exprimer clairement leur position.
La grogne se propage dans les commissariats français suite à l’emprisonnement d’un policier
Une vague de mécontentement s’est déclenchée dans les commissariats français à la suite de l’emprisonnement d’un policier de Marseille le 21 juillet. Malgré un témoignage percutant, l’exécutif semble en difficulté pour se positionner sur cette question.
Depuis le 21 juillet 2023, la grogne se fait sentir parmi des dizaines de milliers de policiers, suite à l’incarcération d’un membre de la Bac de Marseille, suspecté de violences sur un jeune homme en marge des émeutes. Cette affaire prend un tournant politique, juridique et social, touchant le sommet de l’État. Retour sur la chronologie des événements.
Des émeutes à l’emprisonnement d’un policier
- 2 juillet : Tout commence début juillet, suite à l’incendie qui a embrasé le pays après la mort de Nahel, 17 ans, tué par un policier à Nanterre. Dans la nuit du 1ᵉʳ au 2 juillet 2023, un homme est sérieusement blessé par un équipage de la brigade anti-criminalité à Marseille. Il aurait été frappé d’un tir de LBD à la tempe, puis passé à tabac.
- 5 juillet : Trois jours plus tard, une information judiciaire est ouverte par le parquet de Marseille pour « violence en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné une ITT (incapacité totale de travail) supérieure à huit jours ». Simultanément, l’IGPN (Inspection générale de la police nationale) est saisie et débute une enquête.
- 10 juillet : La victime, Hedi, témoigne dans les colonnes de La Provence. Il relate qu’il était en train de prendre un verre avec un ami après son service, quand ils ont croisé « quatre ou cinq hommes », des policiers en civil, mais armés. Hedi affirme avoir reçu un tir de LBD à la tête et avoir été emmené dans un lieu sombre où il a été passé à tabac. Laissé presque inconscient, il réussit à atteindre une épicerie avant d’être transporté à l’hôpital, où il passe plusieurs heures en chirurgie puis plusieurs jours en réanimation.
- 18 juillet : Huit policiers sont placés en garde à vue dans les locaux de la police des polices. Quatre d’entre eux sont déférés et quittent les locaux de l’IGPN sous les applaudissements de leurs collègues.
- 20 juillet : Les quatre policiers sont mis en examen pour « violences en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné une ITT supérieure à huit jours ». Trois d’entre eux sont placés sous contrôle judiciaire avec l’interdiction d’exercer leur fonction de policier. Le quatrième est placé en détention provisoire.
La colère des policiers et le soutien du DGPN
- 21 juillet : En signe de solidarité avec leur collègue emprisonné, plusieurs policiers marseillais se mettent en arrêt de travail. D’autres invoquent le code 562 – une mesure administrative qui permet aux agents d’être en service minimum. Ce mouvement de protestation se propage à travers tous les commissariats de France.
- 23 juillet : Le directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Veaux, exprime son soutien aux policiers. « Dans cette situation proche du chaos, ils ont fait preuve de courage physique et moral, et d’un engagement total« , déclare-t-il. Il va même plus loin, critiquant le placement en détention provisoire d’un des policiers.
« Je considère qu’avant un éventuel procès, un policier n’a pas sa place en prison, même s’il a pu commettre des fautes ou des erreurs graves dans le cadre de son travail. »
Frédéric VeauxDirecteur général de la police nationale
Peu de temps après, le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, déclare « partager les propos du DGPN ».
Incompréhension des magistrats
- 24 juillet : Les magistrats expriment leur incompréhension face à ces prises de position. Le Conseil supérieur de la magistrature rappelle que seul l’autorité judiciaire est légitime pour décider du placement ou non en détention provisoire des personnes, « dans le strict respect des règles de droit, qui s’appliquent à tous, sans exception ».
« Le Conseil rappelle que l’autorité judiciaire doit pouvoir accomplir ses missions, à l’abri de toutes pressions, en toute indépendance et en toute impartialité. »
Conseil supérieur de la magistrature
L’affaire prend une tournure politique
- 24 juillet : Le président Emmanuel Macron, en déplacement à Nouméa, exprime sa compréhension de « l’émotion chez nos policiers, confrontés à la violence la plus extrême ». Toutefois, il rappelle que « nul n’est au-dessus des lois ». Cette position est partagée par tout l’exécutif, notamment Elisabeth Borne, la Première ministre.
- 25 juillet : La Première ministre refuse de commenter l’affaire. Elle rappelle simplement « les difficultés de la mission » des policiers et affirme qu’il faut que « la justice puisse faire son travail sereinement ».
- 26 juillet : La gauche condamne unanimement la position des policiers, les propos des préfets et l’absence de condamnation de la majorité. Olivier Faure, patron du PS, dénonce une situation « gravissime », tandis que Jean-Luc Mélenchon appelle à « rétablir obéissance et discipline républicaine dans la police ».
Hedi témoigne publiquement dans une vidéo
- 26 juillet : Hedi, la victime des violences policières à Marseille, prend la parole sur le média Konbini. Apparaissant avec le crâne déformé, il revient sur les événements.
« À aucun moment, on ne m’a demandé mes papiers, ni ce que je faisais là. J’essayais de leur dire qu’ils pouvaient me fouiller, que je n’avais rien de dangereux. Mais ils ne voulaient rien savoir. »
Hedi
Il affirme n’avoir reçu aucune excuse, ni de la part de la police, ni du gouvernement.
Quelle suite pour l’affaire ?
- 27 juillet : Pour répondre à la colère des policiers, les syndicats de la profession seront reçus par Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur. L’objectif est « d’écouter les propositions » des représentants de la police pour apaiser la colère.
- 3 août : Le policier incarcéré à Marseille a sollicité une demande de remise en liberté. Celle-ci doit être examinée par la justice le 3 août 2023.