Affaire Lyhanna : la justice doit revoir 70 000 plaintes en un mois

Image d'illustration. Palais de justice, façade.ADN
Après l'affaire Lyhanna, Gérald Darmanin exige un réexamen de 70 000 plaintes visant des enfants. Des rassemblements sont prévus partout en France ce lundi soir.
En bref
- Gérald Darmanin impose un réexamen de 70 000 plaintes
- Une inspection doit rendre ses conclusions sous 15 jours
- Des rassemblements sont annoncés devant une centaine de tribunaux
Le ministère de la Justice a lancé lundi 8 juin 2026 une revue générale des plaintes concernant des enfants, dans le sillage de l’affaire Lyhanna, alors que des manifestations sont prévues le soir même devant les tribunaux et la Chancellerie.
Une consigne immédiate place Vendôme
À la Chancellerie, la réunion de travail convoquée par Gérald Darmanin a commencé vers 8h50 avec les procureurs généraux. Le garde des Sceaux veut que soit repris l’intégralité des plaintes touchant des enfants, soit environ 70 000 dossiers, avec une échéance fixée au 14 juillet. Sur LCI, il avait annoncé que pas un haut magistrat ne partirait en vacances avant la fin de ce recensement.
Le ministre doit ensuite tenir une conférence de presse. Il occupe le terrain depuis plusieurs jours, après s’être dit « terrifié » à Béziers, puis avoir dénoncé sur X des dysfonctionnements graves des services de l’État. Vendredi, sur TF1, il a aussi présenté ses excuses à la famille de Lyhanna au nom de l’institution judiciaire, en évoquant d’éventuelles sanctions si des fautes professionnelles étaient établies.
Le dossier qui cristallise les critiques
La plainte au centre de l’affaire avait été déposée le 22 août 2025 à Plaisance-du-Touch, en Haute-Garonne, par la mère d’une fillette de 11 ans. Elle visait des viols commis entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile du suspect.
Après plusieurs actes d’enquête, dont des examens médico-légaux venant corroborer les déclarations de l’enfant, le parquet de Toulouse s’était dessaisi au profit de celui d’Auch, compétent territorialement. Le dossier, envoyé par la poste à la fin de 2025, n’a été transmis à la gendarmerie de Lectoure que le 9 janvier 2026. Et au moment de la disparition de Lyhanna, le suspect n’avait toujours pas été entendu, alors même que Laurent Nuñez a parlé sur France 2 d’éléments d’enquête accablants. Pour Gérald Darmanin, il y a eu une absence de priorisation alors qu’un viol sur enfant relève, selon lui, de l’urgence absolue.
Magistrats et syndicats renvoient à la question des moyens
Mais la réponse du ministère ne fait pas disparaître le débat sur les moyens. David Sénat, magistrat à la cour d’appel de Versailles, a expliqué sur France 2 que les procureurs généraux avaient déjà commencé ce travail et que cette priorité se ferait au détriment d’autres actes d’enquête.
La CNPG et la CNPR refusent que des responsabilités soient désignées, et encore moins sanctionnées, avant les conclusions de l’inspection. Cette mission commune justice, gendarmerie et Éducation nationale doit rendre ses conclusions sous 15 jours. L’USM, elle, dénonce une inflation d’instructions, avec 42 circulaires et 72 dépêches depuis 2025, et la recherche de boucs émissaires. Même sujet sur le fond, le retard structurel reste massif, selon Frédéric Chevallier, qui rappelle que la France compte trois procureurs pour 100 000 habitants, contre 12,2 en moyenne en Europe.
Des rassemblements partout en France ce lundi soir
Le soir, la pression doit aussi monter dans la rue. Au lendemain d’une marche blanche de 6 000 personnes à Fleurance, dans le Gers, des associations féministes et de protection de l’enfance appellent à des rassemblements à 19 heures devant le ministère de la Justice et devant une centaine de tribunaux.
La Fondation des femmes parle d’une défaillance systémique des institutions. L’association réclame une loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, ainsi qu’une politique publique coordonnée, avec budget dédié, réforme du parcours judiciaire et cap clair. C’est là que se jouera la suite, au-delà de la séquence politique des derniers jours.
