Présenté à Milan, un outil d’IA a repéré un risque de diabète de type 2 à partir de 20 secondes de voix. Prometteur, mais pas encore prêt seul.
En bref
- Une IA analyse 20 secondes de voix
- Elle repère un risque de diabète type 2
- Le test doit encore être validé
Un enregistrement très court pourrait, à terme, aider à repérer des patients à risque de diabète de type 2. Le travail, présenté à la réunion annuelle de l’Association européenne pour l’étude du diabète à Milan, repose sur une IA capable d’analyser la voix en une vingtaine de secondes.
Un test vocal pensé pour repérer les cas qui échappent au dépistage
L’intérêt est simple. Le diabète de type 2 progresse, et un repérage précoce peut limiter des complications comme les maladies cardiaques ou les atteintes nerveuses. Or, aujourd’hui, le dépistage passe surtout par des analyses de sang ou par une consultation.
Au Royaume-Uni, le NHS propose par exemple un bilan tous les cinq ans aux plus de 40 ans. Mais seuls 40,4% des adultes éligibles s’y rendent, selon les auteurs. Résultat, pas mal de cas passent sous le radar.
Une IA entraînée sur des milliers de voix
Des chercheurs de l’entreprise thymia, avec des collègues de l’université RMIT à Melbourne, ont conçu un modèle à partir de changements déjà observés dans la parole de certaines personnes diabétiques, comme une voix plus rauque, plus âpre, ou un contrôle plus difficile du souffle en parlant.
Le modèle a d’abord été entraîné avec 63.283 échantillons vocaux issus de 21.129 personnes au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, qui avaient indiqué si un diabète leur avait été diagnostiqué. Ensuite, les équipes l’ont testé sur des enregistrements à distance de 20 secondes, réalisés pendant la lecture d’une fable d’Esope.
Des résultats jugés utiles, avec des limites déjà identifiées
Première évaluation, auprès de 7.319 adultes britanniques, dont 67% de femmes. Parmi eux, 45,8% avaient 40 ans ou plus et 217 ont déclaré avoir un diabète de type 2. Dans 80% des cas, le modèle attribuait un score de risque plus élevé aux personnes disant être diabétiques qu’aux autres, un niveau jugé cliniquement utile.
Une deuxième analyse a porté sur 801 participants ayant réalisé chez eux un test HbA1c dans les trois mois suivant l’enregistrement. Cette prise de sang sert de référence pour le diabète de type 2 et peut aussi signaler un prédiabète. Là, le modèle plaçait les personnes diabétiques au-dessus des autres dans 75% des cas. Sa sensibilité atteignait 82%, avec un taux de faux positifs de 47%.
Mais tout n’est pas homogène. Les performances reculent chez les participants noirs, probablement parce qu’ils étaient moins nombreux à déclarer un diabète. Elles baissent aussi chez les personnes souffrant d’obésité, d’hypertension ou de cardiopathies, des troubles qui peuvent eux aussi modifier la voix.
Pas un remplacement des analyses sanguines
Le point important, c’est celui-là. Les chercheurs n’expliquent pas que la voix remplace une prise de sang. Ils envisagent plutôt un outil de tri, utilisable par un médecin généraliste, par téléphone ou via une application, pour orienter vers un examen biologique les patients les plus à risque.
Giedre Cepukaityte, scientifique chez thymia, résume l’enjeu ainsi : « Il s’agit de la plus grande étude en conditions réelles menée à ce jour sur la détection du diabète de type 2 par l’analyse de la parole ». Elle ajoute que l’étape suivante consistera à tester l’outil en milieu clinique et à vérifier qu’il fonctionne bien pour tous les groupes de patients.