La France domine l’Europe en matière d’investissements étrangers, mais pour combien de temps ?

Image d'illustration. Graphiques des tendances d investissement en franceADN
Pour la cinquième année consécutive, la France attire le plus grand nombre de projets d’investissements étrangers en Europe. Cette dynamique exemplaire soulève toutefois des interrogations sur sa pérennité face à la concurrence et aux incertitudes économiques.
Tl;dr
- La France reste leader européen en attractivité des investissements étrangers.
- Recul des projets et concurrence accrue d’autres pays européens.
- L’incertitude politique fragilise la position française.
La France maintient son rang, mais la pression s’accentue
La publication du dernier baromètre EY révèle que la France conserve, pour la septième année consécutive, sa position de championne européenne de l’attractivité des investissements étrangers en 2025. Toutefois, cette première place ne masque pas les nuages qui s’accumulent à l’horizon.
Si l’Hexagone devance encore le Royaume-Uni et l’Allemagne, l’écart se resserre : avec 852 projets recensés sur 5 026 en Europe, contre 730 pour le Royaume-Uni et 548 pour l’Allemagne, la France enregistre une baisse de 17 % du nombre de projets — un recul plus marqué que chez ses principaux concurrents.
L’innovation, un moteur encore performant mais insuffisant
Le détail du baromètre souligne quelques motifs d’espoir. Sur le terrain de l’intelligence artificielle, la France tire nettement son épingle du jeu avec une croissance de 26 % des projets liés à ce secteur, atteignant 53 initiatives.
À titre de comparaison, le Royaume-Uni consolide davantage sa domination dans la finance ou la tech. Néanmoins, d’autres filières stratégiques françaises accusent le coup : l’automobile, la chimie ou encore la métallurgie reculent sensiblement, tout comme le nombre total d’implantations industrielles (-15 %).
Contexte international tendu et compétition renouvelée
D’après Marc Lhermitte, associé chez EY, l’exercice actuel s’avère complexe à bien des égards : « L’année 2025 est très compliquée pour l’investissement international… ». Les investisseurs se heurtent à une multiplication des chocs géopolitiques et économiques – guerres, tensions commerciales, crise dans le secteur automobile – autant d’obstacles qui pèsent sur leur prise de décision.
Les grandes entreprises américaines et allemandes semblent moins enclines à miser sur la France ; selon le baromètre EY, leurs investissements ont été divisés par deux depuis 2022. Cette désaffection s’explique notamment par des politiques protectionnistes outre-Atlantique et des droits de douane incitatifs. Parallèlement, les pays d’Europe méridionale et centrale (Espagne, Pologne, Roumanie, etc.) profitent de coûts moindres et d’une réglementation jugée plus « agile », séduisant ainsi nombre de nouveaux investisseurs.
Un climat politique source d’inquiétude pour demain
L’écho auprès des décideurs reste mitigé : si beaucoup vantent la taille du marché français, son dynamisme en innovation ou ses infrastructures avancées, d’autres freins sont régulièrement cités lors des enquêtes menées par EY entre février et mars derniers :
- Stabilité politique insuffisante depuis les législatives anticipées.
- Niveau élevé du coût du travail et de l’énergie.
- Doutes persistants sur la compétitivité fiscale.
Résultat : seuls 57 % des investisseurs envisagent un engagement en France pour l’année suivante — un chiffre en retrait par rapport à l’an passé. Le maintien du leadership français n’est donc plus une certitude : il devra désormais se conquérir au prix d’une attention renouvelée aux défis internes comme externes.
