Loi d’urgence agricole, un vote au Sénat qui complique la suite

Hémicycle du Sénat après le vote
Image d'illustration. Le vote au Sénat complique la suite. — ADN

Le Sénat a validé une version très durcie du texte agricole. La suite se jouera le 16 juillet, sur fond de tensions politiques et climatiques.

En bref

  • Le Sénat adopte un texte agricole durci
  • La commission mixte se réunit le 16 juillet
  • Pesticides et eau crispent déjà les débats

Le plus frappant, ce n’est pas seulement le vote du Sénat. C’est l’écart avec la version déjà adoptée début juin par l’Assemblée nationale. Sur le papier, il s’agit du même projet de loi d’urgence agricole. Dans les faits, les deux chambres ont produit deux textes très différents, et c’est ce qui rend la suite aussi incertaine.

Deux textes, et presque deux lignes politiques

Dans la nuit de jeudi à vendredi, les sénateurs ont adopté le texte par 219 voix contre 111. Le gouvernement l’avait construit dans l’urgence pour répondre à la colère des agriculteurs, après les mobilisations de l’hiver jusque devant l’Assemblée nationale. Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, a salué un texte « fait avec et pour les agriculteurs » et parlé d’avancées importantes.

Mais la version du Sénat, largement retravaillée par la droite, allège nettement les contraintes environnementales. Celle des députés, elle, contient selon le gouvernement plusieurs dispositions jugées inapplicables ou contraires au droit européen. Résultat, la base commune existe encore, mais l’équilibre politique du texte a bougé.

Le 16 juillet, une commission sous haute tension

La suite est déjà calée. Une commission mixte paritaire, avec 14 députés et sénateurs, doit se réunir le 16 juillet 2026. Sa mission sera simple sur le papier, trouver une version commune. Clairement, ce sera plus compliqué que ça.

Les négociations s’annoncent tendues entre une gauche très opposée au projet, une droite et un Rassemblement national décidés à aller plus loin, et un camp macroniste divisé sur les sujets environnementaux. L’exécutif espère encore une adoption définitive la semaine suivante, avant la fin juillet.

L’eau, les pesticides, le loup, les points qui fâchent

Le fond du débat se joue sur quelques sujets bien identifiés. D’abord l’eau, avec le stockage et la mise à disposition pour les agriculteurs. Ensuite la prédation du loup. Et surtout l’acétamipride, un insecticide interdit en France mais autorisé ailleurs en Europe, que le Sénat veut réintroduire de façon dérogatoire pour certaines filières en difficulté.

Le gouvernement a reconnu son opposition à plusieurs de ces allègements. Annie Genevard a même estimé que la question de l’acétamipride était si virulente qu’elle pouvait faire tomber l’ensemble du texte.

Un débat relancé par la chaleur et la colère agricole

Ce vote intervient en plein réchauffement climatique, alors qu’une nouvelle vague de chaleur doit toucher le pays dans les prochains jours. Le calendrier n’est pas neutre. Le débat sur l’adaptation aux canicules redonne du poids à tout ce qui touche à l’eau et à l’avenir du modèle agricole.

Autour du Parlement, la pression monte aussi. La FNSEA a salué l’approche des sénateurs et Laurent Duplomb, corapporteur Les Républicains, a dit que cette loi d’urgence avait redonné un peu d’espoir aux agriculteurs. À l’inverse, la Confédération paysanne redoute de nouvelles menaces pour la population et pour une majorité de paysans. Les associations environnementales, des représentants des collectivités locales et le Medef se sont aussi mobilisés ces derniers jours. Bon, la bataille parlementaire est loin d’être terminée.

Benjamin

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