Une équipe internationale estime que la médecine de la longévité commence trop tard. Elle propose de déplacer l'effort vers la grossesse et l'enfance.
En bref
- Des chercheurs veulent agir dès la grossesse
- Le projet PROSPER cible aussi l’enfance
- L’objectif, prévenir plutôt que corriger tard
La médecine de la longévité s’attaque sans doute trop tard au problème. C’est l’idée défendue par une équipe internationale dans une correspondance publiée par Nature Health, avec une proposition simple sur le principe, déplacer la recherche et les interventions vers les tout premiers âges, y compris avant la naissance.
Une piste qui remonte jusqu’à l’avant-naissance
Le dispositif proposé porte un nom, PROSPER, pour Pregestational and Pediatric Research for Optimal Healthspan and Early-life Resilience. Autrement dit, un consortium consacré à la grossesse, à l’enfance et à la manière dont ces périodes pèsent sur la santé future.
L’idée n’est pas de nier le rôle de la génétique ou du mode de vie à l’âge adulte. Mais les chercheurs estiment qu’une part de la recherche sur le vieillissement rate une étape décisive, celle où les trajectoires biologiques se mettent en place.
Pourquoi les chercheurs jugent l’approche actuelle trop tardive
Dans leur texte, les auteurs rappellent que la médecine de la longévité, celle qui cherche à faire passer les découvertes de la biogérontologie vers la pratique clinique, vise surtout les adultes. Or, à ce moment-là, des décennies de changements moléculaires et cellulaires liés au vieillissement ont pu s’accumuler.
Ils parlent d’une « fenêtre critique d’opportunité » encore peu exploitée. Le point est important pour vous comme pour les soignants, le débat ne porte plus seulement sur l’allongement de la vie, mais sur le moment où l’on commence à agir.
Des outils différents pour mesurer l’âge biologique chez l’enfant
Autre argument, il existe déjà beaucoup de travaux sur les facteurs de l’enfance qui influencent la durée de vie. Ce qui manque, selon eux, c’est un cadre cohérent pour suivre le vieillissement sur l’ensemble de la vie.
Et les outils posent problème. Les marqueurs de l’âge biologique utilisés chez l’adulte ne peuvent pas être repris tels quels chez l’enfant, parce qu’ils ne racontent pas la même chose. En début de vie, expliquent les chercheurs, l’âge biologique reflète plutôt une synchronie du développement et une capacité de résilience qu’une usure accumulée. D’où la nécessité de modèles, de biomarqueurs et de grilles d’interprétation propres à chaque âge.
Le concept de peakspan et une médecine plus préventive
Les auteurs avancent aussi la notion de peakspan, cette période de la vie où l’on se trouve à son niveau maximal de performance. La longévité ne se réduirait donc pas au nombre d’années vécues, ni même aux seules années sans maladie, mais aussi à la part de vie passée dans cette phase optimale.
Pour y parvenir, PROSPER voudrait croiser données multiomiques, phénotypes cliniques et mesures fonctionnelles à différents stades du développement. Le but, construire des trajectoires biologiques dans le temps pour mieux prévoir les risques et intervenir plus tôt.
Le projet en est encore à un stade très précoce et reste assez léger sur les détails. Mais l’ambition est nette, intégrer à terme des cadres diagnostiques et thérapeutiques spécifiques à l’âge dans les soins obstétriques et pédiatriques, afin de passer d’une gestion réactive des maladies à une approche plus préventive. Les chercheurs estiment qu’en faisant travailler ensemble des disciplines aujourd’hui séparées, la recherche et la pratique clinique pourraient mieux couvrir tout le continuum du vieillissement biologique.