Procès de Frédéric Péchier : l’anesthésiste soupçonné d’empoisonnements pour discréditer ses collègues s’ouvre

Image d'illustration. Vue intérieure d une grande salle d audienceADN
Le procès du médecin anesthésiste Frédéric Péchier s’ouvre ce lundi, alors qu’il est poursuivi pour avoir empoisonné trente patients dans des cliniques à Besançon, dans le but présumé de compromettre ses collègues.
Tl;dr
- Procès de Frédéric Péchier pour 30 empoisonnements.
- Douze décès survenus entre 2008 et 2017 à Besançon.
- L’accusé clame son innocence, la justice tranche.
Un procès hors normes à Besançon
À partir du lundi 8 septembre, la cour d’assises du Doubs entame l’un des procès les plus saisissants de l’après-guerre. Il s’agit de juger le sort de Frédéric Péchier, médecin anesthésiste-réanimateur, poursuivi pour des faits d’une gravité exceptionnelle : trente empoisonnements aggravés de patients, dont douze ont conduit à la mort, entre 2008 et 2017 dans deux établissements privés de Besançon.
Ce dossier, présidé par Delphine Thibierge, mobilisera la cour durant plus de trois mois, jusqu’au 19 décembre.
Des soupçons graves et un accusé combatif
Le cœur de l’affaire repose sur une série d’arrêts cardiaques suspects survenus en salle d’opération. Tout commence en janvier 2017 avec le cas inquiétant d’une patiente de 36 ans. La découverte d’une dose mortelle de potassium dans une poche de soluté utilisée lors de son anesthésie précipite l’arrestation du docteur Péchier. Les enquêteurs épluchent alors sept années d’incidents médicaux majeurs — plus de soixante-dix au total — pour finalement retenir trente cas présentant des similitudes troublantes : les patients, âgés de quatre à quatre-vingt-neuf ans, subissent un arrêt cardiaque durant une intervention chirurgicale ; douze en meurent.
Pour les magistrats chargés du dossier, comme la procureure adjointe Christine de Curraize et la procureure générale honoraire Thérèse Brunisso, c’est simple : le praticien apparaît comme le « dénominateur commun » des drames. Des expertises font état de « suspicions fortes » — voire parfois « certitudes » — concernant l’administration délibérée de substances toxiques à des patients venus pour des interventions anodines.
Doutes, défense et attentes immenses
Face à cette avalanche d’accusations, la défense refuse catégoriquement d’admettre la réalité des empoisonnements. Selon ses avocats Randall Schwerdorffer et Lee Takhedmit, il s’agirait plutôt « d’erreurs médicales » commises par d’autres praticiens. Ils parlent même d’un « coupable idéal », désigné hâtivement par l’enquête.
L’accusé lui-même n’a jamais dévié de sa ligne : il nie en bloc et se dit prêt à prouver son innocence. Interrogé à quelques jours du procès, ce père de trois enfants confie ne pas être particulièrement anxieux et affirme vouloir démontrer qu’il n’a rien à voir avec ces tragédies.
L’attente forte des victimes et une instruction titanesque
Jamais une telle affaire n’avait été vue dans les annales judiciaires françaises. Pour reprendre les mots du procureur Etienne Manteaux — désormais en poste à Grenoble — elle n’a « rien à voir avec des euthanasies ». Plus de cent cinquante parties civiles sont attendues au procès. Parmi elles figurent notamment le syndicat professionnel SNARF ainsi que les familles endeuillées.
Pour beaucoup d’entre elles, selon l’avocat Frédéric Berna qui défend plusieurs victimes, ce long procès est porteur d’espoir : celui que toute la lumière soit enfin faite sur cette affaire vertigineuse par son ampleur et sa complexité technique.
- Voici ce que retiennent principalement les parties civiles :
- L’attente forte d’un éclairage judiciaire incontestable.
- L’espoir difficile mais persistant d’explications sincères.
Ainsi s’ouvre un débat judiciaire hors du commun où il s’agira autant de démêler l’écheveau médical que d’éclaircir une part sombre du monde hospitalier français.
