Le marché du bricolage recule encore en 2025 en France. Derrière la baisse, on retrouve la fin de l’effet Covid, l’immobilier bloqué et la pression des plateformes.
- Le marché recule encore en 2025
- Le niveau reste supérieur à 2019
- Web et discount bousculent les enseignes
Le marché du bricolage a encore baissé en France en 2025, de 1,4 % après un repli de 4,3 % en 2024. Mais la lecture est moins simple qu’elle en a l’air. D’après Pierre Dieuzeide, journaliste de ZePros Habitat, ce recul ressemble surtout à un retour sur terre après l’envolée des années Covid.
Une baisse réelle, mais pas un effondrement
Pendant la crise sanitaire, les ménages ont massivement investi dans leur logement. Puis l’inflation a, un temps, soutenu la valeur du marché. Ce qui se passe aujourd’hui, selon Pierre Dieuzeide, tient davantage de l’atterrissage que de la casse sèche.
Il le résume ainsi, « une sorte d’atterrissage ». Le point clé, c’est que le volume global du marché reste encore au-dessus de son niveau de 2019. Autrement dit, la baisse existe, mais elle corrige une phase jugée artificiellement haute.
Immobilier en panne, budget serré, gros travaux reportés
Le frein vient aussi du contexte. Le pouvoir d’achat reste contraint et l’immobilier neuf est décrit comme totalement bloqué. Les ventes de logements anciens ont bien légèrement repris en 2025, avec 951.000 transactions, mais cela ne suffit pas à relancer les gros chantiers.
Moins de déménagements, moins d’achats dans le neuf, c’est souvent moins de cuisines refaites, moins de salles de bains lancées, moins de travaux lourds. Pour les grandes surfaces de bricolage, ce sont justement ces dépenses qui comptent.
Amazon, Temu, Lidl : la pression change de visage
Les enseignes traditionnelles voient aussi monter la concurrence ailleurs. Leurs propres ventes en ligne progressent de 7,7 % en 2025 et pèsent 6,2 % de leur chiffre d’affaires. Sauf que ces données ne prennent pas en compte les places de marché extérieures.
C’est là que Amazon, ManoMano ou Temu grignotent du terrain, sans chiffrage précis. D’après la direction de Leroy Merlin, les plateformes sont même devenues le premier concurrent du groupe. Elles avancent surtout sur la petite décoration, le mobilier de jardin, les luminaires ou l’outillage léger. En revanche, elles restent peu adaptées aux matériaux lourds comme le ciment, le placo ou les parpaings.
Et il y a Lidl. Avec sa gamme Parkside, l’enseigne est devenue premier vendeur d’outillage en France et ouvre désormais des magasins dédiés.
Les enseignes se réorganisent et misent sur les pros
Face à cette bataille des prix, Leroy Merlin, qui représente plus de 40 % du marché français, a mis de côté sa marque propre Dexter pour lancer une offre exclusive très bon marché, Essential by Works, avec des fournisseurs chinois.
Les grands groupes visent aussi davantage les artisans. Leroy Merlin Pro et Casto Pro ouvrent dès 6 heures du matin. L’idée n’est pas seulement de vendre du matériel aux professionnels, mais aussi de proposer aux particuliers des chantiers clés en main, avec fourniture et pose.
Quelques rayons tiennent encore la barre
Tout ne baisse pas. Le chauffage progresse de 3,3 %, porté surtout par les climatiseurs et ventilateurs, en hausse de 18 %. Le rayon électricité avance aussi, de 0,6 %, soutenu par la rénovation énergétique.
Le jardin limite la casse à -0,2 %. Et le pôle plomberie, cuisine, salle de bains recule de 1,5 %, tout en restant loin au-dessus de son niveau de 2019. C’est sans doute le signe le plus utile pour lire ce marché : il ralentit, mais il n’est pas revenu à son point de départ.